UNE VIE DE THÉATRE
Dans le rôle de John

Une comédie de David Mamet

Avec:

Pierre Laroche (Robert)

De gauche à droite, Denis Carpentier et Pierre Laroche. Photo, Sylvain Fasy.
ils sont deux, l'un en fin de carrière, l'autre à l'aube de sa vie. Ils pourraient se le dire, se parler si chacun n'était surtout avide du regard de l'autre.

Deux égoïsmes? Deux vies de théâtre plutôt, ou de menuisier, de marin ou de ce que vous voudrez. David Mamet prend deux êtres passionnés par un métier qui les dévore. Pierre Laroche joue un vieux routier de la scène qui arrive à l'heure du dépouillement, de l'effet mesuré pour saisir l'essentiel, le juste équilibre entre le dire et le taire. Denis Carpentier campe son opposé, un jeune chien fou qui se frotte de toute sa force au théâtre. Il lui importe moins d'entendre des conseils, des souvenirs et des expériences que les tenter, les redécouvrir, les éprouver physiquement, sans compter. Alors que l'autre économise son souffle il fait cent pompages sous son nez. L'admiration timide du jeune frais émoulu de l'école se mue rapidement en indifférence polie, agacement, distance... Comment en vouloir au jeune homme pressé de ne pas ralentir le pas pour écouter celui qui voit le chemin se rétrécir?

SOPHIE CREUZ (l'Echo)

C'est moins à une leçon de théâtre qu'à une leçon de vie que nous invite l'auteur américam David Mamet. Et c'est bien ainsi que Patricia Houyoux monte sa pièce. Sa fine oreille de Sioux collée au texte, elle en perçoit les finesses, les cruautés inconscientes, l'ironie et la tendresse. C'est bien ainsi que la jouent les interprètes, tellement, qu'au début on trouve Denis Carpentier un peu mou, indécis, peu présent.... avant de se dire comme Raymond Souplex dans les Cinq dernières minutes «bon sang mais c'est bien sûr», c'est son personnage qui est ainsi. Il ne prendra d'ailleurs pas longtemps à s'étoffer, à prendre du poids et de la puissance à mesure que ce John s'aguerrit, acquièrt son métier, consolide son talent. Ils sont tellement bons l'un et l'autre que l'illusion d'optique est parfaite, on jurerait que Pierre Laroche rapetisse au fil de la pièce, tant son jeu est sensible. Étonné et flatté tout d'abord de l'admiration timide d'un jeunot, il savoure. Puis se découvre un talent de père, de conseiller auprès de qui n'en a cure. Le regard de Laroche s'égare alors dans le vague, comme s'il était déjà de l'aulre côté de la vie, il parle d'humanité. Et l'autre de casting. Tristesse de qui parle profondeur, s'arc-boute à ses convictions et se sait inutile, comprend que toute sa vie s:est peut-êLre passée en ~ain, pour du vent, de l'éphémère. Qu'il n'en restera rien. Qu'un autre déjà le remplace. En "eux.

La mise en scène, les interprètes nous atteignent d'une note parfaitement accordée et leur petite musique résonne longtemps. En revanche, la pièce m'a paru convenue, presque de l'ordre de l'exercice, de gammes sur un thème éternel. Et les scènes de théâtre dans le théâtre n'apportent rien de plus qu'un divertissement inutile. Saluons par contre Vingéniosité de la scénographie de Claude Renard qui évoque à la fois les tréteaux, l'embarquement pour Cythère et la valise des tournées. Des panneaux dans un plancher s'ouvrent pour libérer costumes de scène, loges, table et tabourets, trou du souffleur ou du fossoyeur...
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